Maintenant prenez le pouvoir

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Dans le train pour Paris, direction la Fête de l'Humanité, j'ai achevé la lecture du livre de Pierre Laurent. Le jeune homme qui était à côté de moi, l'un des visages de la foule du Prado, m'a dit qu'il allait se le procurer...

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Nicolas Sarkozy a été chassé. Le Front de gauche a marqué le grand débat politique de 2012 de son empreinte – pas suffisamment sans doute. Le Parti communiste y a trouvé une source de renouveau. Mais l’austérité est là, branchée sur le courant continu européen et libéral. La finance ne lâche pas ses privilèges et l’on ne voit pas pour l’heure le nouveau gouvernement s’y attaquer. Alors, et maintenant ? C’est la question à laquelle il faut répondre, avant que le vent de la Bastille ne retombe trop fort. Pierre Laurent tient le cap. Celui qui fut la colonne vertébrale de la campagne. Celui qui sans doute tient lieu de gouvernail au PCF et qui a trouvé un écho nouveau dans la société française. « Prenez le pouvoir ». Sur les murs de Marseille et d’ailleurs, le slogan a commencé par interloquer puis il a fini par faire réfléchir. Il a suscité des mises en garde : « attention, si vous le dites, il faudra le faire ». On avait envie de renvoyer le compliment, sans donner de leçons, parce que le défi est bien là : que les hommes et les femmes qui veulent le changement aient le cœur suffisamment accroché à l’espoir (ou plutôt l’inverse) pour le rendre incontournable par leur mobilisation. On suit donc Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et Président eu Parti de la Gauche Européenne, dans ses pérégrinations intérieures. En conversation avec lui-même. Il nous met en présence de ses interrogations auxquelles il risque des réponses. La conversation est profonde autant qu’agréable. On n’est pas dans le questionnaire de Proust, où l’on passe du coq à l’âne. Une pensée se dégage, comme un fil que l’on suit. De réponses toutes faites, il n’y en a pas. Mais il y a cette conviction : « il faudra bien que l’étau de l’austérité et de l’autoritarisme qui écrase les peuples européens se fende quelque part ». Et celle-ci : « La gestion de la crise, même présentée comme animée du souci de justice, ne produit ni espoir ni issue. Il faut vraiment ouvrir une autre voie. » Car les idées de l’extrême droite prospèrent sur ce terreau, justifiant par la crise les haines qu’elle nourrit à l’égard de toute une partie de la population de notre pays et du monde. Il reconnaît le doute qui existe sur la « faisabilité » des propositions du Front de gauche, le met en regard avec l’aspiration à des changements radicaux montrée par de nombreuses études, accompagnée d’un rejet de l’idée de révolution violente. Il faut donc démontrer que la déraison est ailleurs et expliquer le processus de changement radical proposé. Pierre Laurent dénonce, explique, s’avance... Il porte ainsi une voix que le débat public essaye de tenir en périphérie, parce qu’elle conteste le système en son cœur. Le Front de gauche incarne cette alternative, avec de nouveaux défis. Pierre Laurent plaide pour qu’il ne devienne pas le « bloc figé » qu’il n’a jamais été : « ses formes doivent privilégier l’intervention libre et active de toutes les forces qui souhaitent s’y engager. Le Front de gauche est un mouvement de conquête au service de dynamiques populaires et de constructions politiques majoritaires. » Ce que nous voulons, explique-t-il c’est que la gauche, qui a toujours été diverse, redevienne « la gauche au service du peuple ». La préface d’Alexis Tsipras, qui a fait résonner dans toute l’Europe la dynamique portée par le mouvement Syriza en Grèce, vient à l’appui de ses réflexions, montrant que partout, des solutions se cherchent et que des dynamiques convergent. Pas de modèle. Simplement des hommes et des femmes qui trouvent les formes nouvelles dont il y a besoin pour que le peuple « prenne le pouvoir ». Sans attendre demain.


Pierre D., septembre 2012

Mise à jour le Mardi, 04 Juin 2013 10:25  

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