L'étonnement de croire

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L'originalité de ce livre, c'est l'analyse très fine de l'incroyance contemporaine qui est en réalité, une formidable indifférence à toute problématique religieuse. Cela n'a rien à voir avec l'athéisme, cette forme d'incroyance qui, au siècle dernier, permettait aux chrétiens d'organiser des « dialogues entre croyants et incroyants » – notamment marxistes –  autant de débats qui pouvaient être chaleureux, mais au terme desquels chacun restait habituellement sur ses positions.

 

L'archevêque émérite de Poitiers qui sait d'expérience de quoi il parle, regrette que trop souvent les catholiques méconnaissent la réalité de cette indifférence alors même qu'ils se plaignent, qu'ils souffrent même, de ne pas avoir réussi à transmettre leur foi aux jeunes générations. Le succès des grands rassemblements comme les JMJ, mais aussi la participation occasionnelle de beaucoup à des cérémonies chrétiennes comme des mariages ou des obsèques – voire le baptême de leurs propres enfants qui ne reçoivent plus ensuite de formation religieuse – masquent l'évolution des mentalités, y compris aux yeux de responsables ecclésiastiques. Hier les athées, les anticléricaux restaient au café d'en face durant les obsèques religieuses de leurs amis, voire de leurs proches. Aujourd'hui, marqués par l'indifférence ambiante, les gens ne rechignent pas à entrer dans l'église.

 

Pour Albert Rouet, l'individualisme que sécrète la société néo-libérale est largement responsable de l'indifférence en matière religieuse : « Individualisme et indifférence se renforcent mutuellement ».. « L'indifférence gagne le domaine religieux, en effet contraire aux aspirations individualistes »car perçu comme une contrainte.

« L'indifférence religieuse oblige à réviser nos jugements sur les modalités des relations à l'Eglise ». Ce que, regrette Albert Rouet, beaucoup de catholiques, en particulier de pasteurs, ne voient pas ou ne veulent pas voir. « Beaucoup de contemporains n'auront avec l'Eglise que des contacts éphémères, écrit-il. Cette histoire en pointillé visible cache souvent une attache plus profonde et plus continue qu'il n'y paraît. Elle requiert expressément que chaque contact soit chargé au maximum de vérité et de respect comme si tout se jouait en une seule fois ».

D'où l'importance que l'ancien archevêque de Poitiers attache au dialogue - non pas d'institution à institution, de groupe à groupe ou de catégorie à catégorie - mais de personne à personne. Le chapitre dans lequel l'auteur décrit ce qu'est le véritable dialogue selon Vatican II, est particulièrement éclairant. En effet, « le Concile envisage le dialogue comme constitutif de l'humanité ».Pour vivre, il faut « entrer en relation ». Et pour que  l'homme contemporain retrouve le gout du religieux, il faut  en « éveiller le désir ».

A partir de ce constat de base sur l'indifférence religieuse Albert Rouet, développe une réflexion stimulante mais aussi exigeante sur la manière dont les chrétiens qui n'échappent pas au trouble qui caractérise notre époque, peuvent témoigner de leur foi au quotidien, sans ostentation, dans la proximité, l'attention aux autres et à leur vie. Il leur faut « inventer une Eglise de la tendresse ». Cela implique notamment de sortir du jansénisme qui marque toujours l'Eglise catholique. Cette réflexion impossible à résumer est nourrie de  références bibliques et s'ancre sur l'attitude du Christ dans l'Evangile.

Aimé Savard, 26 avril 2013

Mise à jour le Vendredi, 31 Mai 2013 15:34  

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